La Grèce sauvée? …Pas sûr

La Grèce est sauvée ? … Pas sûr après les privatisations et le recul industriel ! Par Gabriel Colletis

Qu’il s’agisse du gouvernement grec dont le Premier ministre, Alexis Tsipras, a mis récemment pour la première fois une cravate pour signifier qu’il considérait qu’il avait résolu le problème de la dette ou des institutions de la célèbre « Troïka » – le FMI, la BCE et la Commission européenne- tout le monde semble s’accorder pour considérer que la Grèce est sauvée. Par Gabriel Colletis*, Professeur d’Economie à l’Université de Toulouse 1

Après trois mémorandums, des dizaines de réformes ayant exténué le pays, la Grèce, assainie, serait enfin sortie de ses difficultés et pourrait retrouver enfin le chemin de la croissance et même se financer toute seule sur les marchés.

Observée d’un peu près, la réalité apparaît tout autre

En dix ans, le recul des salaires et des pensions de retraite est considérable, supérieur à 30%. La baisse des dépenses publiques de santé et d’éducation dépasse les 40%. La pression fiscale n’a jamais été aussi forte et on ne compte plus les impôts nouveaux. Le PIB s’est effondré (-25%) de même que les investissements (-40%).

Derrière ces chiffres un peu froids, on découvre une vie quotidienne des Grecs qui s’est très gravement détériorée : le chômage touche près du quart de la population active, la pauvreté s’est largement étendue, l’angoisse face à la maladie touche tout le monde, des centaines de milliers de jeunes Grecs (les mieux formés) ont quitté la Grèce à la recherche d’un emploi, hypothéquant ainsi l’avenir du pays. Dans certaines îles, y compris les plus touristiques comme Corfou, les ordures s’accumulent le long des trottoirs sur des dizaines de mètres de long.

Tout cela pourquoi ou avec quelle justification ? Faire tomber le poids de la dette publique afin d’assainir l’économie, a-t-on expliqué aux Grecs comme aux autres peuples des autres pays européens. Eh bien, cette dette n’a nullement reculé et avoisine toujours les 180% du PIB ! La Grèce n’a pas seulement perdu dix ans, elle a, en réalité, perdu son avenir.

Les privatisations opérées privent la Grèce des moyens de son développement. Le port commercial du Pirée a été cédé aux Chinois qui l’utilisent pour déverser leurs marchandises dans l’Europe entière. Les aéroports et nombre d’infrastructures essentielles (chemins de fer, eau, distribution de l’électricité) ont également été vendus à des groupes étrangers (allemands principalement, mais aussi en partie français grâce à l’invitation faite aux firmes françaises par l’ex-Président Hollande d’aller faire de bonnes affaires en Grèce).

Un sauvetage en trompe-l’œil

Contrairement aux illusions entretenues quant à la possibilité d’un redémarrage des exportations industrielles grâce à la baisse des salaires et la fin des conventions collectives, la balance commerciale grecque reste très gravement déficitaire. Les importations de la Grèce (des appareils de communication électroniques aux produits alimentaires en passant par les vêtements, l’équipement de la maison, les automobiles, les machines de toutes sortes qui sont employées dans l’agriculture et ce qui reste de l’industrie) excèdent, en effet, largement ses exportations. Et les recettes du tourisme sont loin d’être suffisantes pour couvrir ce déséquilibre.

Le problème largement ignoré est ainsi moins la faiblesse des exportations que l’extrême dépendance de la Grèce à ses importations. Ici réside le véritable problème de l’économie grecque et non dans la dette de l’État.

Les gouvernements grecs successifs -dont l’actuel- portent, avec la complicité de fait du FMI et des institutions européennes, une responsabilité écrasante dans ce qui est non le sauvetage, mais le naufrage de la Grèce. Ils n’ont pas compris que l’urgence était d’engager un véritable programme de développement du pays centré sur un renouveau des activités productives orientées vers la satisfaction des besoins fondamentaux des Grecs (industrie et agriculture) tout en permettant de réduire les importations.

Ce développement aurait de plus permis à l’État d’élargir la base de ses recettes fiscales, de réduire ainsi son déficit et à terme sa dette.

La politique économique conduite avant comme après 2015 a comme seule cohérence d’obéir à la doxa dominante. Elle aura été néfaste au pays comme à sa population.

Gabriel Colletis est Professeur d’Économie à l’Université de Toulouse 1-Capitole et Président de l’Association du « Manifeste pour l’industrie » http://manifestepourlindustrie.org/.
Il a publié un ouvrage intitulé « Exo apo tin Krisi », Editions Livanis 2014. Il a conseillé plusieurs membres du gouvernement grec jusqu’en juillet 2015.

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